Appelez-moi Madame George Sand
Quand une écrivaine devient un miroir
À La Folie Théâtre, Joshua Laffont-Cohen convoque George Sand à travers le destin troublant d’un homme qui, fasciné par l’écrivaine, cherche en elle une manière de se comprendre lui-même. Une création délicate, entre théâtre, musique et réflexion sur l’identité.
George Sand n’a jamais vraiment quitté la scène. Il faut dire qu’elle avait, de son vivant déjà, le goût du théâtre : celui des rôles que l’on endosse, des identités que l’on invente, des conventions que l’on bouscule. Avec Appelez-moi Madame George Sand, Joshua Laffont-Cohen ne cherche pourtant pas à raconter une fois de plus la vie d’Aurore Dupin. Il préfère s’intéresser à ce qu’elle provoque, aujourd’hui encore, chez ceux qui la lisent.
Au centre du spectacle, Georges voue à l’écrivaine une fascination qui finit par prendre une tournure intime. Pourquoi cette femme du XIXe siècle occupe-t-elle une telle place dans son existence ? Pourquoi ressent-il le besoin de s’en approcher au point de brouiller les frontières entre admiration et identification ?
Pour tenter d’y voir plus clair, Georges pousse la porte du cabinet d’un psychiatre. Le dispositif pourrait sembler classique. Il devient rapidement le lieu d’un étrange jeu de miroirs, où la littérature s’invite dans la relation thérapeutique et où chacun finit par être rattrapé par ses propres projections.
George Sand n’est alors plus seulement un personnage historique, elle devient une voix intérieure.
C’est là que le spectacle trouve son sujet le plus intéressant. À travers cette figure de femme libre, qui choisit son nom, ses vêtements, ses amours et sa manière d’écrire, la pièce interroge notre besoin de modèles. Que cherchons-nous chez celles et ceux que nous admirons ? Une inspiration ? Une échappatoire ? Ou peut-être la permission de devenir quelqu’un d’autre ?
La mise en scène de Joshua Laffont-Cohen et Claude Bokhobza privilégie une forme qui mêle théâtre, musique et poésie. Le dispositif accompagne les glissements du personnage plutôt qu’il ne les explique. Joshua Lawrence, dans le rôle de Georges, porte cette métamorphose avec une fragilité qui évite au personnage de devenir une simple figure de provocation. Face à lui, Alexis Néret compose un psychiatre progressivement happé par ce qui devait rester une histoire de patient.
Le spectacle avance ainsi sur une ligne ténue, entre réalisme et rêverie. Par moments, le propos se fait plus démonstratif ; mais lorsqu’il laisse la littérature respirer, la pièce gagne en profondeur. Car ce que raconte finalement Appelez-moi Madame George Sand, ce n’est peut-être pas George Sand.
C’est le pouvoir qu’une œuvre peut exercer sur une existence.
Lire, admirer, s’identifier : autant de gestes qui peuvent sembler anodins et qui, parfois, déplacent profondément celui qui les accomplit. En faisant de George Sand le point de départ d’une quête personnelle, Joshua Laffont-Cohen rappelle que la littérature ne sert pas seulement à raconter des vies. Elle peut aussi nous aider à inventer la nôtre.
Une proposition singulière et poétique, qui préfère le trouble au portrait académique et transforme George Sand en fascinant miroir de nos propres métamorphoses.
Infos pratiques
Une œuvre – un auteur
Petite Folie de la Folie théâtre
Appelez-moi Madame George Sand
De Joshua Laffont-Cohen
Mise en scène : Joshua Laffont-Cohen et Claude Bokhobza
Genre : Comédie dramatique
Durée : 75 minutes
Du 4 septembre au 28 novembre 2026
Vendredi et samedi à 19h30