Qui vit encore
Qui vit encore
« Un film coup de poing factuel »
Avec Qui vit encore, Nicolas Wadimoff filme Gaza sans images de guerre. À la place des ruines, des chiffres et du fracas, il choisit les visages, les silences et les souvenirs de neuf réfugiés. Un geste documentaire d’une grande simplicité, qui laisse la parole faire son chemin.
Il y a d’abord une carte. Gaza dessinée à même le sol, à la peinture blanche sur un fond noir. Quelques lignes, des noms de villes, de camps, de quartiers. Rien de spectaculaire. Puis viennent les voix.
Dans Qui vit encore, Nicolas Wadimoff fait un choix de mise en scène aussi simple que radical : ne pas montrer la guerre, mais ceux qui doivent désormais vivre avec ce qu’elle a laissé derrière elle. Neuf personnes racontent leur vie d’avant, leurs maisons, leurs proches, leurs habitudes, leurs projets. Puis les disparitions. L’exil. La perte. Ce qui reste lorsque le monde familier cesse d’exister.
Le film refuse l’illustration. Pas de déferlement d’images d’archives, pas de surenchère sonore, pas de spectaculaire. Wadimoff installe ses témoins dans un espace presque abstrait, réduit à cette carte qui devient peu à peu territoire mental. Chaque récit vient occuper une partie du dessin, comme si la parole pouvait encore reconstruire ce qui a été détruit.
C’est là que le film trouve sa force. Dans le temps accordé aux personnes. Dans les hésitations, les respirations, les silences qui prolongent parfois une phrase mieux qu’un commentaire. Les protagonistes ne sont jamais réduits à leur statut de réfugiés. Ils sont des individus qui se souviennent d’une existence concrète : une maison, une famille, un métier, une enfance, un désir d’avenir.
Et puis il y a les larmes. Elles surgissent sans mise en scène apparente, parfois presque furtivement. Le film ne les exploite pas. Il les accueille. C’est peut-être l’une de ses qualités les plus rares : laisser à chacun le droit d’être bouleversé sans transformer l’émotion en spectacle.
Car Qui vit encore est moins un film sur la guerre qu’un film sur ce qu’elle fait aux existences. Sur les rêves interrompus, les maisons abandonnées, les familles dispersées et cette étrange sensation de continuer à vivre quand une partie de soi est restée ailleurs.
Le titre pose une question simple, presque vertigineuse. « Qui vit encore ? » La réponse n’est jamais donnée par un discours. Elle se trouve dans la présence même de ceux qui parlent. Vivre, ici, ne signifie pas seulement avoir survécu. Il faut encore retrouver une voix, un souvenir, une possibilité de se projeter.
Le cinéma de Wadimoff tient précisément dans cet espace fragile. Il ne cherche pas à expliquer ce que le spectateur devrait penser. Il regarde, écoute et laisse les récits produire leur propre émotion. Le réel n’a pas besoin d’être souligné pour être bouleversant.
Cette retenue donne au film une dimension profondément humaine. Derrière l’histoire collective, il y a neuf histoires singulières. Neuf manières de perdre, de se souvenir et peut-être de recommencer.
Présenté à la Mostra de Venise en 2025, Qui vit encore a notamment reçu le Cinema & Arts Award aux Giornate degli Autori et le Prix de Soleure. Il représentera par ailleurs la Suisse dans la course à l’Oscar 2027 du meilleur film international ;
- Documentaire de Nicolas Wadimoff sort en salle le 14 Octobre 2026
- Durée : 1h54
- Avec Ghada ALABDALA, Hana ELEIWA, Haneen HANARA, Malak KHADRA, Eman SHANNAN, Adel ALTAWEEL, Feras ELSHRAFI, Mahmoud JOUDA, Jawdat KHOUDARY
