The man who saves the world ?
The man who saves the world ?
Le voyage fou et profondément humain de Gabe Polsky
Et si un homme avait été choisi pour sauver le monde ?
C’est autour de cette question aussi vertigineuse qu’intrigante que le réalisateur américain Gabe Polsky construit The Man Who Saves the World?, un documentaire de 1h25 qui mêle aventure, humour, spiritualité et réflexion sur notre rapport à la nature et aux autres cultures. Au centre du film : le révérend Patrick McCollum, personnage hors norme, militant pacifiste, ancien aumônier de prison, guide spirituel et pratiquant de kung-fu. Sa vie bascule lorsqu’il affirme avoir été désigné par des anciens autochtones d’Amérique du Sud et d’Inde comme une figure centrale d’une ancienne prophétie : celle d’un homme appelé à unir les peuples autochtones et à contribuer à la sauvegarde de la Terre, notamment de la forêt amazonienne. Une histoire qui pourrait facilement prêter au scepticisme. Et c’est précisément avec ce scepticisme que Gabe Polsky décide de partir à sa rencontre.
Entre scepticisme et émerveillement
Le réalisateur accompagne McCollum dans un étonnant périple qui conduit le spectateur de la Californie au Nouveau-Mexique, de Chicago aux montagnes reculées du nord de la Colombie. Au fil des rencontres avec des leaders spirituels, des communautés autochtones et des personnalités engagées dans la défense de la planète, le film interroge progressivement la frontière entre croyance, destin et réalité. Le voyage débute à Moraga, en Californie, dans l’univers quotidien de McCollum, avant de conduire l’équipe vers une propriété isolée du Nouveau-Mexique, puis à Chicago, où le révérend tente de nouer des liens avec des représentants de différentes traditions religieuses. Mais c’est dans les montagnes du nord de la Colombie que le récit prend une dimension particulière. Polsky accompagne McCollum au cœur d’une communauté indigène isolée, à la rencontre de ceux qui sont à l’origine de la prophétie qui structure son parcours. Le film ne cherche pourtant pas à apporter une réponse définitive à la question posée par son titre. Il préfère observer, écouter et laisser coexister le doute et l’émerveillement.
« J’ai abordé cette histoire avec scepticisme », explique Gabe Polsky. « Ce qui a commencé comme une enquête s’est transformé en un voyage à travers les cultures, les systèmes de croyance et des visions de la réalité radicalement différentes. »
Un portrait aussi drôle qu’inattendu
À travers Patrick McCollum, The Man Who Saves the World? propose également le portrait d’un homme profondément singulier. Son parcours, ses convictions et sa manière d’appréhender le monde donnent au documentaire une dimension parfois franchement comique, sans jamais réduire son personnage à une simple curiosité. Cette combinaison entre humour, tendresse et distance critique est au cœur de la mise en scène de Gabe Polsky. Le réalisateur refuse aussi bien la moquerie que l’adhésion aveugle, et transforme cette rencontre improbable en une réflexion plus vaste sur ce que nous choisissons de croire. La presse américaine a notamment souligné cet équilibre. Scott Feinberg, du Hollywood Reporter, évoque un documentaire qui figure parmi ses favoris de ces dernières années, tandis que Ben McGrath, dans The New Yorker, décrit une aventure à la fois « hilarante et inspirante », portée par un équilibre entre scepticisme et émerveillement.
De la prophétie à la question écologique
Derrière l’histoire extraordinaire de Patrick McCollum se dessine une interrogation très contemporaine : comment différentes visions du monde peuvent-elles dialoguer face aux grands enjeux de la planète ? La nature occupe ainsi une place centrale dans le film, tout comme la relation entre les êtres humains, les animaux et leur environnement. Parmi les personnalités rencontrées figure notamment Jane Goodall, dont le parcours de l’étude scientifique des chimpanzés à un engagement international pour la conservation et la protection du vivant fait écho à plusieurs des questions soulevées par le documentaire. Le film réunit également le chef autochtone Phil Lane Jr., et multiplie les rencontres qui confrontent les certitudes occidentales à d’autres manières de penser le monde. Pour Gabe Polsky, cette exploration rejoint les grandes questions qui traversent son travail : « En qui et en quoi croyons-nous ? Quelles vérités rejetons-nous ? Des personnes aux visions du monde totalement opposées peuvent-elles vraiment se comprendre ? »
Gabe Polsky, le documentaire comme terrain d’exploration
Scénariste, réalisateur et producteur, Gabe Polsky s’est fait connaître par des documentaires qui aiment déplacer les lignes et questionner les perceptions. Après Red Army et In Search of Greatness, le cinéaste poursuit ici son exploration des rapports entre pouvoir, humanité et convictions. Produit notamment avec Peter Farrelly, réalisateur oscarisé de Green Book, et l’équipe de Rough House Pictures, The Man Who Saves the World? s’inscrit dans cette volonté de raconter des histoires singulières sans leur retirer leur part de mystère. Avec Patrick McCollum, Polsky tient surtout un personnage impossible à résumer. Héros improbable, idéaliste, mystique et aventurier, il devient le point de départ d’un voyage qui dépasse largement son propre destin. Car au fond, la véritable question du film n’est peut-être pas de savoir si Patrick McCollum peut réellement sauver le monde. Elle est de savoir ce que nous sommes prêts à faire lorsque quelqu’un nous demande de regarder le monde autrement.
THE MAN WHO SAVES THE WORLD?
Documentaire de Gabe Polsky
USA – 2026 -1h25
