Au bout de ma langue

Au bout de ma langue : une histoire d’enfant déraciné 

Au Théâtre de la Concorde, le spectacle Au bout de ma langue résonne comme un poème à voix basse, un cri contenu dans le silence. Porté par le texte de Simon Grangeat et la mise en scène délicate de Tal Reuveny, ce récit touchant suit Taym, un enfant déraciné, qui a choisi de se taire. Parce que les mots lui échappent. Parce qu’il est entre deux mondes. Entre deux langues.

Un enfant, deux langues, et le choix du silence

Taym a 9 ans. Il arrive en France, chargé d’une mémoire qu’il ne sait pas encore formuler dans la langue de son nouveau pays. Le français, pour lui, c’est d’abord « un bruit de fond incompréhensible ». Alors il décide de se taire. Un silence comme une forme de résistance, de peur et de retrait.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la justesse avec laquelle la pièce aborde cette fracture invisible mais  réelle qu’est le passage d’une langue à l’autre. Elle n’illustre pas seulement une difficulté linguistique, mais un véritable enjeu identitaire : qui suis-je quand je ne peux plus dire ce que je ressens ?

Une scénographie sonore enveloppante

La mise en scène, minimaliste mais évocatrice, s’appuie sur un environnement sonore omniprésent : magnétophones, voix enregistrées, fragments de chansons, souvenirs sonores qui traversent le temps et l’espace. La création sonore de Jonathan Lefèvre-Reich donne au spectacle une profondeur sensorielle rare. Le son devient mémoire, refuge, parfois même personnage.

Ce théâtre parle autant aux oreilles qu’au cœur. Il sollicite notre écoute active, notre empathie, et nous confronte à une expérience que beaucoup d’enfants vivent en silence : celle de la migration, de l’apprentissage d’une nouvelle langue, du désarroi face à un monde inconnu.

Un spectacle pour petits et grands 

Au bout de ma langue est présenté comme un spectacle « tout public dès 9 ans ». Et c’est vrai : le langage, tout en finesse, est accessible aux plus jeunes, mais la profondeur des thèmes interpelle autant les adultes. Le spectacle fait partie du projet « 4×4 » des Tréteaux de France, qui vise à amener le théâtre dans des lieux de vie, hors des cadres traditionnels. Un théâtre nomade, mobile, ancré dans le réel.

Ce choix de jouer dans des lieux accessibles à tous, y compris hors des grandes scènes, correspond parfaitement à la philosophie de la pièce : rendre la parole possible, là où on ne l’attend pas toujours.

Une ode au pouvoir de la parole que l’on retrouve

Au fil du spectacle, Taym va retrouver peu à peu sa voix. Non pas en oubliant sa langue d’origine, mais en construisant un pont entre ses deux mondes. C’est là toute la beauté du texte de Grangeat : il ne s’agit pas d’effacer le passé, mais de faire cohabiter deux langues, deux mémoires, deux morceaux de soi.

En somme Au bout de ma langue propose une vision nuancée, humaine, sensible. Un regard d’enfant sur un monde d’adultes.

Informations

Titre : Au bout de ma langue

Quand : du 21 jusqu’au 25 octobre 2025

Où : Théâtre de la Concorde 75008 Paris

Séances : à 14h30 et 19h selon les jours

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