Run, le ballet de Julien Lestel
Alexandra Cardinale Opéra Ballet Production
À peine les lumières éteintes au Théâtre Libre que déjà le corps s’élance. Avec Run, Julien Lestel signe une pièce à l’image de son titre : tendue, haletante, traversée par cette urgence familière qui rythme nos vies contemporaines. Mais derrière la course, il y a le vertige et, plus subtilement, l’appel au ralentissement.
Dans la lignée de Jiří Kylián, Ohad Naharin ou Crystal Pite, Lestel poursuit son exploration d’une danse néoclassique affranchie des codes, où la virtuosité se met au service d’une émotion brute. Ici, les corps ne racontent pas seulement : ils traversent, percutent, résistent.
Run s’ouvre comme une pulsation. Une respiration courte. Une fuite en avant presque mécanique. Les danseurs du Ballet Julien Lestel : dix individualités soudées par une même intensité qui incarnent cette humanité en tension, prise dans un flux incessant. Les trajectoires s’entrecroisent, s’accélèrent, se brisent parfois dans des suspensions inattendues. Et c’est précisément là que la pièce bascule.
Car Run n’est pas qu’une métaphore de notre monde qui court. C’est aussi une tentative de lui opposer une résistance sensible. À mesure que la chorégraphie se déploie, des interstices apparaissent : un regard, un souffle, un geste suspendu. Des moments presque volés au tumulte, où le temps semble enfin consentir à ralentir.
La bande-son, éclectique de Ólafur Arnalds à Chet Baker en passant par Ludovico Einaudi accompagne cette oscillation entre frénésie et apaisement. Elle agit comme une houle émotionnelle sur laquelle les corps viennent s’échouer ou se relever.
Visuellement, la pièce frappe par sa fluidité. Les lumières sculptent l’espace avec précision, dessinant des zones d’intimité ou d’exposition brute. Rien de superflu : tout concourt à cette sensation d’immersion, presque physique, qui saisit le spectateur.
Mais ce qui persiste, une fois la dernière note éteinte, ce n’est pas la vitesse, c’est le manque. Celui de ces instants suspendus que la pièce nous a appris à reconnaître. Run nous rappelle que, dans ce monde lancé à pleine allure, ralentir n’est pas un luxe. C’est une nécessité vitale.
Un ballet électrisant, oui. Mais surtout une invitation : celle de réapprendre à habiter le temps.
4 boulevard Strasbourg, 75010 Paris
Du 18 au 21 mars à 19h et le 22 mars à 15h
Chorégraphie : Julien LESTEL
Production : ALEXANDRA CARDINALE OPERA BALLET PRODUCTION
Assistant chorégraphe : Gilles PORTE
Lumière : Lo-Ammy VAIMATAPAKO
Musique : Olafur Arnalds, Angelo Badalamenti, Chet Baker, Christopher Bissonnette, Eternal Eclipse, Ludovico Einaudi, Ludwig Göransson, Hendyamps Studio, Jacob Kirkegaard, A Winged Victory for the Sullen
Avec les Danseuses et danseurs du BJL : Eva Bégué, Celian-Maël Bruni, Maxence Chippaux, Allan Géreaud, Roxane Katrun, Ingrid Lebreton, Inès Pagotto, Louis Plazer, Timothée Rouby, Mara Whittington
Costumes : BJL
Création : 2025 / Durée : 1h10


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