Promis le ciel
Quand la sororité devient un refuge face au chaos du monde
Avec Promis le ciel, la réalisatrice Erige Sehiri signe un film d’une délicatesse rare, profondément ancré dans le réel, qui regarde les migrations, l’exil et la foi à hauteur de femmes. Porté par une distribution féminine d’une justesse remarquable — Aïssa Maïga, Debora Lobe Naney, Laetitia Ky, Estelle Kenza Dogbo — le film tisse un récit intime et solidaire, à la fois lumineux et traversé d’inquiétude.
À Tunis, Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, tente de reconstruire une vie loin de son pays. Chez elle, les trajectoires se croisent : Naney, jeune mère migrante en quête d’un avenir digne pour son enfant ; Jolie, étudiante déterminée, investie de tous les espoirs de sa famille restée au pays. Leur quotidien précaire bascule lorsqu’elles recueillent Kenza, 4 ans, seule survivante d’un naufrage. Ce geste d’humanité transforme leur appartement en une famille recomposée, fragile mais soudée.
Erige Sehiri filme cette cohabitation comme un espace d’osmose : les corps, les voix, les prières et les silences se répondent. La foi, loin d’être dogmatique, devient un langage commun, un souffle pour tenir debout. On prie, on doute, on espère. Le film ne cherche jamais à idéaliser — il observe avec une grande lucidité la tension permanente entre l’envie d’aider et la peur de ne plus pouvoir protéger.
La force de Promis le ciel réside dans sa capacité à embrasser des faits complexes sans jamais les écraser sous le poids du discours. Le rapport à la maternité, à la responsabilité, aux terres d’accueil, à un climat social tunisien de plus en plus hostile aux migrant·es, est traité avec une précision presque documentaire, mais toujours traversée par l’émotion. Les actrices, toutes remarquables, composent une chorale féminine où chaque présence enrichit l’autre. Aïssa Maïga, tout en retenue, incarne une autorité douce, jamais écrasante ; Laetitia Ky et Debora Lobe Naney apportent une vitalité et une vulnérabilité bouleversantes.
Ce qui frappe, c’est la manière dont le film refuse la misérabilisation. Ici, les femmes ne sont pas seulement des victimes : elles réfléchissent, agissent, résistent. Leur solidarité n’efface pas les conflits, mais elle offre un espace de respiration dans un monde qui se referme. Le refuge qu’elles construisent ensemble est tendre, instable, menacé — mais profondément vivant.
Promis le ciel est un film de croyance au sens le plus large : croyance en l’autre, en la transmission, en la possibilité de faire famille autrement. Un film qui donne envie d’aider, de comprendre, de saisir ce qui se joue derrière les chiffres et les frontières. Un cinéma humaniste, incarné, nécessaire.


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