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Les Beaux de Léonore Confino à La Flèche Théâtre
Une comédie mordante sur le couple, l’amour et les illusions qui s’effondrent
Avec Les Beaux, actuellement joué à La Flèche Théâtre à Paris, Léonore Confino signe une comédie dramatique urbaine et familiale d’une redoutable lucidité. Une pièce qui fait rire, qui dérange, et surtout qui pousse à réfléchir sur ce que nous faisons de nos vies, de notre temps et de nos relations.
Dès l’enfance, nous sommes bercés par les illusions. Le prince charmant, l’amour idéal, la promesse que « tout ira bien ». Au début, tout semble parfait : les compliments, l’attention, le partage, la fusion du je et du nous. Puis viennent les fissures. L’angoisse s’installe, la frustration grandit, l’auto centrage prend le pas sur l’écoute. Peu à peu, le couple se déséquilibre.
C’est ce glissement que Les Beaux met en scène avec une précision chirurgicale. Un couple de quadras, façonné par les mirages d’une société malade et matérialiste, voit ses rêves s’effondrer. Le quotidien devient un champ de bataille : travail envahissant, sacrifices permanents, quête de réussite, pression sociale. Le temps manque pour aimer, pour écouter, pour être libre pour soi et pour l’autre.
Au cœur de cette guerre conjugale, une enfant. Leur petite fille, retranchée dans le silence, devient le symbole le plus puissant du malaise familial. Elle absorbe les tensions, cristallise les non-dits, et incarne ce cri intérieur que les adultes refusent d’entendre. La violence qui se joue sur scène verbale, émotionnelle, parfois presque physique d’une intensité rare, rappelant les grandes heures du théâtre psychologique, digne de la Comédie-Française.
La force de la pièce réside dans son équilibre subtil entre humour et gravité. C’est drôle, souvent très drôle. Cynique, sarcastique, mais jamais gratuit. Le rire surgit là où ça fait mal, révélant nos contradictions : vouloir tout réussir, tout contrôler, tout concilier : l’amour, la famille, le travail, au prix parfois de notre liberté intérieure.
Les comédiens sont exceptionnels, justes, engagés, capables de passer d’une légèreté mordante à une violence émotionnelle saisissante. Ils incarnent avec un réalisme troublant ces êtres qui s’aiment, se perdent, se blessent et continuent pourtant à espérer.
Les Beaux parle d’amour, de couple, de famille, mais aussi du temps que l’on perd à travailler, à se sacrifier, à courir après une idée du bonheur qui ne nous ressemble plus. La pièce questionne le je, le nous, et ce qu’il reste quand les illusions tombent. Elle expose la faillite du rêve matérialiste et nous renvoie à cette question essentielle : que sommes-nous prêts à abandonner pour réussir, et à quel prix ?
En sortant de ce spectacle, on rit encore, mais on pense surtout. À soi. Aux autres. À ce cri intérieur que l’on tait trop souvent. Une comédie dramatique forte, intelligente et nécessaire, qui confirme Léonore Confino comme une voix majeure du théâtre contemporain.
- Mise en scène : Anne Coutureau
- Avec : Yasmin Van Deventer & Cédric Welsch
- Durée : 1h15
- Dates
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- jeudi 08 janvier 19H00
- jeudi 15 janvier 19H00
- jeudi 22 janvier 19H00
- jeudi 29 janvier 19H00
- jeudi 05 février 19H00
- jeudi 12 février 19H00
- jeudi 19 février 19H00
- jeudi 26 février 19H00
- jeudi 05 mars 19H00
- jeudi 12 mars 19H00
77 rue de Charonne – 75011 Paris


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