La dernière danse de Mata Hari, quand le mythe rencontre la scène
Figure sulfureuse de l’histoire européenne, Mata Hari continue de fasciner plus d’un siècle après sa mort. Avec La dernière danse de Mata Hari, le spectacle revisite le destin tragique de cette femme devenue légende, entre sensualité, manipulation et sacrifice. Sur scène, le mythe se dépouille peu à peu de ses oripeaux exotiques pour révéler une trajectoire profondément humaine.
Le spectacle s’ouvre sur une atmosphère feutrée, presque hypnotique. Les lumières, tamisées et mouvantes, dessinent un espace hors du temps, à l’image de Mata Hari elle-même, éternelle insaisissable. Dès les premières minutes, le public est invité à entrer dans l’intimité d’une femme souvent réduite à une image : celle d’une danseuse orientale, espionne supposée, femme fatale condamnée par l’Histoire.
Mais La dernière danse de Mata Hari refuse la caricature. La mise en scène choisit de raconter une femme avant de raconter un mythe. À travers la danse, le texte et la musique, le spectacle explore les contradictions de Margaretha Zelle : une femme libre dans un monde qui ne l’était pas encore, une artiste utilisant son corps comme langage, mais aussi une victime d’un système politique et judiciaire implacable.
La danse occupe une place centrale, évidemment. Tantôt sensuelle, tantôt nerveuse, parfois presque brisée, elle devient un outil narratif à part entière. Chaque mouvement semble chargé de sens : la séduction comme survie, l’exhibition comme provocation, l’immobilité comme condamnation. La chorégraphie évite l’orientalisme facile et préfère une écriture contemporaine, plus intérieure, qui dialogue avec l’émotion du récit.
La musique, quant à elle, accompagne les métamorphoses du personnage. Elle oscille entre sonorités envoûtantes et silences pesants, soulignant les moments de gloire comme les instants de solitude. Car le spectacle insiste sur un point essentiel : derrière la femme adulée, il y avait une immense solitude, accentuée par la guerre, la suspicion et la trahison.
En filigrane, La dernière danse de Mata Hari pose une question toujours actuelle : que fait-on des femmes qui dérangent ? Accusée d’espionnage, jugée plus pour ce qu’elle incarnait que pour ce qu’elle avait réellement fait, Mata Hari devient le symbole d’un bouc émissaire idéal. Le spectacle n’assène pas de verdict, mais invite le spectateur à réfléchir, à douter, à interroger les récits officiels.
Le final, sobre et poignant, laisse une impression durable. Cette « dernière danse » n’est pas seulement celle d’une condamnée, mais celle d’une femme qui, jusqu’au bout, aura tenté d’exister selon ses propres règles.
Avec ce spectacle, Mata Hari cesse d’être une simple icône tragique pour redevenir une voix, un corps, une histoire. Une histoire qui, encore aujourd’hui, continue de nous regarder droit dans les yeux.
59 Rue de Montreuil, 75011 Paris


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