À Paris, Hubris dynamite la tragédie grecque et nous cueille au passage
On croyait connaître la chanson. La guerre de Troie, ses héros cabossés, ses dieux capricieux, ses récits mille fois racontés …et parfois mille fois redoutés. Trop lointains, trop savants, trop poussiéreux ? Hubris présenté à la Folie théâtre, balaie ces préjugés avec une énergie presque insolente. Et signe, au passage, l’une des belles surprises de ce printemps.
Dès les premières minutes, la création de la compagnie Paizo donne le ton : ici, pas de marbre froid ni de déclamation figée. Sous une vaste tente qui tient à la fois du camp militaire et de l’abri fragile, la guerre se fait intime. Très intime. Inspirée de L’Iliade, la pièce choisit de quitter les hauteurs mythologiques pour descendre au ras des corps, des regards, des contradictions.
Au centre, Achille. interprété par Mathéo Krzyzyk-Brand, non pas statue héroïque, mais jeune homme traversé de tensions, d’élans contradictoires, de désirs d’absolu. Face à lui, Thétis interprétée par Cécile Garnier tente de retenir ce fils que la gloire attire comme un gouffre. Clara Jauvart-Lacoste autrice et metteuse en scène insuffle à ce duo une densité émotionnelle immédiate. On y croit, sans distance.
Car c’est bien là que Hubris frappe fort : dans sa capacité à rendre ces figures humaines, presque contemporaines. L’orgueil, la soif de reconnaissance, la peur, l’amour … tout circule, tout déborde. Jusqu’à la fameuse Hubris, cette démesure qui, dans la Grèce antique, désignait le point de bascule vers la faute.
Mais la pièce ne s’arrête pas aux héros. Elle déplace le regard, avec intelligence, vers celles que les récits ont longtemps reléguées au second plan. Briséis et Chryséis, incarnées avec une intensité saisissante par Clara Jauvart-Lacoste et Léa Michelot , deviennent ici des figures centrales. Victimes, oui … mais surtout résistantes, vibrantes, profondément vivantes. Une scène de violence, suggérée plutôt que montrée, atteint une puissance rare grâce à un travail corporel d’une justesse bouleversante.
La mise en scène, elle, joue la carte de la sobriété habitée. Peu d’artifices, mais une utilisation fine de la lumière et de la musique (signées Ugo Bussi) qui vient sculpter les émotions, tendre les silences, embraser les affrontements. On pense parfois à un théâtre de sensation plus que de démonstration.
Et puis il y a cette langue, claire, directe, jamais intimidante. Hubris ne cherche pas à impressionner mais cherche à atteindre. . On ressort avec l’étrange sentiment d’avoir redécouvert une histoire que l’on croyait figée, comme si elle nous concernait soudain, ici et maintenant.
Le spectacle confirme l’émergence d’une jeune équipe à suivre de près. Clara Jauvart-Lacoste, avec cette première création, ne demande pas la permission : elle entre directement dans la cour des grands !!!
Et si la tragédie grecque n’était, finalement, qu’une affaire de regard ? Hubris en apporte une réponse éclatante et donne envie, surtout, d’y retourner.
Distribution
d’après I’lliade d’Homère, adaptation de Clara Jauvart-Lacoste
Mise en scène : Clara Jauvart-Lacoste
Avec : Adrien Bensmaine, Cécile Garnier, Corentin Gerold, Clara Jauvart-Lacoste, Léa Michelot, Mathéo Krzyzyk-Brand
COUP DE COEUR PARIS 2024 & FESTIVAL D’AVIGNON OFF 2025.
Nomination Cyranos 2025 :
Meilleur spectacle tout public
Meilleur auteur vivant pour Clara Jauvart-Lacoste
Meilleure mise en scène pour Clara Jauvart-Lacoste
Meilleure scénographie pour Clara Jauvart-Lacoste
Horaires
Du jeudi 5 février au samedi 11 avril 2026
Jeudi, vendredi, samedi à 21h30 (1h20)
6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris


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