Pierre Niney, l’aimant et l’abîme
Il y a des films qui avancent masqués, et Gourou est de ceux-là. Présenté comme un thriller psychologique, le film glisse rapidement vers un terrain plus trouble, plus inconfortable : celui de la fascination. Au centre, Pierre Niney, magnétique, inquiétant, presque trop humain.
Il incarne un homme qui prétend aider les autres à se relever, à se dépasser, à devenir une version plus forte d’eux-mêmes. Un discours séduisant, rodé, porté par une parole douce et une écoute feinte. Mais très vite, le doute s’installe. Où s’arrête l’accompagnement ? Où commence la manipulation ?
Le film explore avec finesse cette zone grise, là où le besoin de se surpasser devient une injonction, et où la fragilité humaine se transforme en terrain d’exploitation. Gourou ne juge jamais frontalement son personnage. Il le laisse agir, convaincre, séduire et c’est précisément ce qui dérange. Le spectateur se surprend à l’encourager dans sa volonté d’aider, avant de le détester pour l’emprise qu’il exerce sur ceux qui cherchent simplement à aller mieux.
Pierre Niney livre ici une performance tout en retenue, jouant sur les silences, les regards, les micro-variations de ton. Son personnage n’est jamais un monstre caricatural : il est un homme persuadé d’avoir raison, et c’est peut-être là que réside la véritable violence du film. La mise en scène épouse cette ambiguïté, refusant les effets spectaculaires pour préférer une tension diffuse, presque clinique.
Gourou interroge ainsi notre époque obsédée par la performance, le développement personnel et la promesse d’une amélioration permanente de soi. Il rappelle que derrière le vernis du bien-être peut se cacher une domination plus insidieuse encore, parce qu’elle se nourrit de la détresse et du désir d’exister pleinement.
Un thriller dérangeant, parfois étouffant, qui ne cherche pas à rassurer mais à mettre le spectateur face à ses propres contradictions. Et c’est sans doute là sa plus grande réussite.


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