***COUP DE COEUR DE LA REDACTION***
Ce qu’il reste de nous
La mémoire à vif d’un peuple, portée par le souffle d’un grand récit intime
Il y a des films qui ne racontent pas seulement une histoire, mais qui ouvrent une brèche dans le temps. Ce qu’il reste de nous, le nouveau film de la réalisatrice palestino-états-unienne Cherien Dabis, appartient à cette catégorie rare. Fresque familiale et drame historique d’une intensité saisissante, le film sort en salles le 11 mars et s’impose déjà comme l’une des œuvres majeures de l’année.
Tout commence dans l’urgence : un adolescent palestinien est grièvement blessé lors d’une manifestation en Cisjordanie, après une confrontation avec des soldats. À l’hôpital, dans l’attente suspendue de nouvelles, sa mère remonte le fil de l’histoire familiale. Un récit en abyme, intime et politique, qui nous ramène à Jaffa en 1948, au moment du déplacement forcé de son grand-père. Trois générations, trois traumatismes, une même question obsédante : que reste-t-il de nous lorsque tout semble avoir été arraché ?
Avec une ampleur narrative assumée (145 minutes), Cherien Dabis compose un drame historique épique, sans jamais perdre de vue l’essentiel : les visages, les corps, les choix impossibles. La grande réussite du film tient à cette tension constante entre le collectif et l’intime. L’Histoire, la grande, n’est jamais abstraite ; elle s’incarne dans les silences d’une mère, dans la fierté d’un père, dans le regard inquiet d’un enfant.
La mise en scène, d’une sobriété élégante, refuse tout sensationnalisme. Dabis filme la douleur sans l’exhiber, la violence sans la spectaculariser. Elle préfère les gestes minuscules aux grandes déclarations, les regards aux discours. Ce parti pris donne au film une force émotionnelle rare, presque étouffante, mais toujours profondément humaine.
Ce qu’il reste de nous est aussi un film sur le choix : choisir de rester ou de partir, de se taire ou de transmettre, d’aimer malgré tout. La famille y apparaît comme un refuge fragile, parfois fissuré, mais essentiel. L’amour, loin d’être un simple motif consolateur, devient un acte de résistance. La fierté, quant à elle, n’est jamais brandie comme un slogan, mais vécue comme une dignité silencieuse.
Coproduction internationale (Allemagne, Chypre, Palestine, États-Unis, Émirats arabes unis, Jordanie), proposé par la Jordanie à la présélection de l’Oscar du meilleur film international 2026, le film dépasse largement les frontières géographiques et politiques. Il parle de transmission, de mémoire et d’humanité avec une justesse qui touche bien au-delà du contexte qu’il décrit.
Film puissant, intense, profondément émouvant, Ce qu’il reste de nous ne cherche ni à expliquer ni à trancher. Il invite à écouter, à ressentir, à se souvenir. Et laisse, longtemps après la projection, une impression tenace : celle d’avoir été mis face à ce qui demeure, quand tout vacille l’amour, la famille, et l’irréductible dignité humaine.
Ce qu’il reste de nous (All That’s Left of You)
Un film de Cherien Dabis
Allemagne, Chypre, Palestine, USA, Émirats Arabes Unis, Jordanie.
Fiction, 145 min.
Sortie en salle en France le 11 mars 2026
Proposé par la Jordanie à la présélection de l’Oscar du meilleur film international 2026


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